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Bailleul, les tableaux fantômes

© Dominique Coulier (Photographe)
 
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◄Cabinet en noyer plaqué d'ébène, orné à l'intérieur de 14 sujets mythologiques (extraits des Métamorphoses d'Ovide), noyer, ébène, cuivre, étain, peinture à l'huile, XVIIe siècle, Bailleul, Musée Benoît-De-Puydt. Inv. : 992.17.3 © D. Coulier

Le musée de Bailleul, surnommé « le petit Cluny », doit son existence au collectionneur Benoît De Puydt. Tout au long de sa vie, ce greffier passionné regroupe une riche collection d’œuvres et d’objets d'art flamands qu’il lègue à sa ville natale en 1859. Bailleul se trouve durant toute la guerre proche du front. Qu’advient-il de ses collections ?

Les quatre cabinets flamands, ou scribans, sont des pièces majeures du musée Benoît De Puydt qui réunit la plus riche collection de ce type dans la région. D’apparence austère, ces cabinets révèlent toute leur beauté lorsqu’ils sont ouverts et présentent des ensembles peints ou couverts de marqueteries. Ici, les volets intérieurs et les tiroirs du scriban sont ornés de quinze scènes mythologiques tirées des Métamorphoses d’Ovide. 

Durant toute la guerre, Bailleul se trouve proche du front. Envahie une première fois en octobre 1914 par les Allemands, elle est reprise par les Britanniques quelques semaines plus tard et reste sous leur contrôle jusqu’en 1918. 

Malgré le danger permanent, le musée reste ouvert aux militaires et aux invités de marque. Ses collections demeurent exposées durant cette période critique… 

 Début 1914          

Les cabinets sont dispersés dans différentes salles qui traduisent l’ambiance d’une riche demeure flamande où cohabitent tableaux, céramiques et pièces de mobilier.


Anthony Permeke, Intérieur du musée de Bailleul avant 1914, 12 cartes postales, Bailleul, Musée Benoît-De-Puydt. Inv. : 992.25.117 à 992.25.128 

Le musée reçoit à l’époque la visite d’un personnage de marque : Emile Théodore, conservateur du Palais des Beaux-arts de Lille. Ce passionné d’archéologie fait une grande tournée dans les musées de la région pour découvrir leurs trésors. En professionnel, il note tout ce qu’il voit dans son carnet. Il s’attarde particulièrement sur deux toiles : L’Adoration des Rois Mages, attribuée à Pieter Brueghel le Jeune, et L’extraction de la pierre de folie, attribué à Henri de Blès, « une des meilleurs choses de la collection », selon ses notes.


L'extraction de la pierre de folie, attribué à Henri de Blès, XVIe siècle Flandre,
peinture à l'huile sur panneau de chêne, 30,2 cm,
provenant du legs consenti en 1859 par Benoît-De-Puydt, Bailleul, Musée Benoît-De-Puydt,
© Jacques Quecq d'Henripret. N° d’inv. 992.21.34


L'Adoration des Rois Mages, attribué à Pieter Brueghel II dit d'Enfer, XVIe siècle Anvers, Flandre,
peinture à l'huile sur bois, 65,5 cm x 168 cm, provenant du legs consenti en 1859 par Benoît-de-Puydt, Bailleul, Musée Benoît-De-Puydt.
© Jacques Quecq d'Henripret. N° d’inv. 992.21.36

 4 novembre 1914   

La guerre a touché Bailleul depuis trois mois. Après avoir été prise par les Allemands en octobre, elle est récupérée par les Britanniques qui l’occupent aujourd’hui. Le front n’est pas loin : la ville d’Ypres, à une quinzaine de kilomètres, est le théâtre d’une bataille sanglante et destructrice. Des habitants de villes belges et françaises occupées viennent trouver refuge à Bailleul alors que les soldats commencent à s’enterrer dans des tranchées.

Malgré la menace, le musée est toujours ouvert. Les dons et les visites continuent comme si les lieux se situaient hors du temps et des contingences pour former un « asile » culturel. Julien Deturck, ancien élève de l’école d’art de la ville, vient d’ailleurs d’offrir un portrait alors qu’il est désormais un graveur reconnu à Paris.

 

 

 

 

 

 

 

Julien Deturck, Portrait d'Edouard Coubronne, doyen-curé à Bailleul, Bailleul, 2ème moitié du XIXe siècle,
mine de plomb sur papier, 37 x 45,3 cm,
don par Julien Deturck en 1914, Bailleul, Musée Benoît-De-Puydt. N° d’inv. 992.6.26.

 Mars 1916              

Bailleul est devenue une ville britannique : l’état-major est installé dans l’hôtel de ville qui est régulièrement la cible de bombardements aériens.

Le musée est un lieu privilégié pour les soldats en garnison, en particulier pour les Canadiens qui le visitent depuis avril 1915. Les salles flamandes leur permettent de découvrir la culture d’une région qu’ils ne connaissent qu’à travers les ruines et les paysages dévastés s'offrant à leur vue.


Extraits du registre des visites du musée de Bailleul entre 1906 et 1916, archives du Musée Benoit-De-Puydt de Bailleul.

 Fin 1917                

Les habitants de plus en plus soumis aux restrictions ont commencé à quitter la ville qui ne sera bientôt plus peuplée que de soldats britanniques : le musée n’accueille plus de visiteurs.

 Février 1918           

L’État français est conscient qu’une offensive allemande se prépare car la paix signée avec la Russie permet à l'Allemagne de mobiliser les soldats qui combattaient à l’Est. De plus, les Allemands veulent gagner du terrain rapidement avant que l’armée américaine ne soit en mesure de se déployer.
Le Service de protection des œuvres d’arts du front Nord a envoyé le lieutenant Fernand Sabatté, peintre dans le civil, pour évaluer la situation. Il juge indispensable d’évacuer les collections mais sa demande rencontre un certain scepticisme de la part de la Mairie, qui le considère trop alarmiste.

 6 mars 1918           

Fernand Sabatté est de retour avec deux camions. C’est tout ce qu’il a pu obtenir pour évacuer les œuvres : il est nécessaire d’opérer un choix. Les cabinets flamands, malgré leur volume, font partie des priorités alors que bien d’autres tableaux jugés « médiocres », souvent attribués à des peintres locaux, sont abandonnés sur place.

 

Liste des caisses des œuvres d’art évacués le 6 mars 1918 du musée de Bailleul. Archives du musée Benoit-De-Puydt de Bailleul.

 22 mars 1918          

Les cabinets flamands et les autres œuvres sauvées sont en route vers Eu, en Normandie. La ville accueille, dans la chapelle du Collège, les œuvres d’une grande partie des musées du Nord de la France.
Pendant ce temps, les Allemands lancent leur grande « Offensive du Printemps ». Point stratégique, Bailleul est la cible de terribles bombardements qui réduisent la ville en ruines.


Panorama de Bailleul après le bombardement, photographié 1er septembre 1918 par l’armée britannique. Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Paris. © MHC/BDIC - Paris Lien

 12 avril 1918           

Les Allemands entrent dans Bailleul.

31 août 1918            

Les Français et les Britanniques reprennent Bailleul aux Allemands. Il n’y a plus que des ruines et le musée fait partie des décombres : il est anéanti et les œuvres restées sur place sont irrémédiablement détruites.

 1920                       

Les œuvres sauvées ne sont pas encore rentrées car aucun bâtiment ne peut les accueillir dans la ville en ruine. Pour l’instant, elles sont à Hazebrouck, dans une salle de l’ancien hospice épargné par la guerre.
La Mairie se préoccupe beaucoup de l’avenir du musée et essaie par tous les moyens de constituer un état des lieux des pertes : il s’agit d’évaluer les dommages de guerre et pouvoir reconstituer une collection après la disparition de l’inventaire.
Elle fait appel à l’ancien conservateur, M. Swynghedauw, lequel a retrouvé une copie de l’inventaire de 1881, dans les décombres de sa maison. Puis, elle a recours à Emile Théodore, conservateur du Palais des Beaux-arts de Lille, qui était venu au musée avant la guerre. Grâce aux notes qu’il a prises lors de sa visite, le montant des dommages de guerre sera calculé.


Estimation des dommages de guerre pour le musée de Bailleul, par Emile Théodore, 1924. Archives du musée Benoit-De-Puydt de Bailleul.

 2014                     

Un siècle plus tard, les cabinets flamands sont toujours au musée, dans un excellent état de conservation. Le Musée Benoît De Puydt n’a pas oublié cette histoire en exposant les cartels des tableaux détruits dans leur taille d’origine, comme s’ils étaient les fantômes des œuvres qui ont disparu.


Mur des tableaux fantômes, au Musée Benoit-De-Puydt en 2014. © Laurent Beyard

Texte : Daniel Bonifacio, Alexandre Holin,
Relecture : Célia Fleury, Christina Kott, Anne Labourdette
Nous remercions Hedwig van Hemel pour son aide et son autorisation à consulter les archives du musée Benoît de Puydt.

 

ACMNPDC

Cabinet
Cabinet | Cabinet
992.21.34
L'Extraction de la pierre de folie | L'Extraction de la pierre de folie
992.21.36
L'Adoration des Rois Mages | L'Adoration des Rois Mages
992.6.26
Portrait d'Edouard Coubronne | Portrait d'Edouard Coubronne
Intérieur du musée Benoît-de-Puydt de Bailleul avant 1914 - Couloir ou galerie des grès
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
Intérieur du musée Benoît-de-Puydt de Bailleul avant 1914 - Cuisine flamande (salle 2 du musée)
carte postale, Vue de la salle 2 du musée en 1914 | carte postale, Vue de la salle 2 du musée en 1914
992.25.119
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
Intérieur du musée Benoît-de-Puydt de Bailleul avant 1914 - Escalier du rez-de-chaussée au premier étage
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
992.25.121
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
992.25.122
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
Intérieur du musée Benoît-de-Puydt de Bailleul avant 1914 - Couloir du premier
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
Musée Benoît de Puydt - Chambre des tableaux
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
Intérieur du musée Benoît-de-Puydt de Bailleul avant 1914 - Chambre des tableaux
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
Musée Benoît de Puydt - Chambre au premier prenant vue sur la cour
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
Intérieur du musée Benoît-de-Puydt de Bailleul avant 1914 - Salle des boiseries
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt
Musée Benoît de Puydt - Boudoir à gauche en entrant
carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt | carte postale, Bailleul - Le Musée Benoît-De-Puydt