Le Musée de l'Image | ville d’Épinal

La querelle du ménage

Grande querelle (détail)
Grande querelle (détail)
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Grande querelle (détail)


« Porter la culotte » est une ancienne expression populaire signifiant « avoir le pouvoir », surtout au sein d’un couple. La thématique de la Querelle du ménage est récurrente dans l’imagerie populaire : mais ce sujet se voit présenté de manière variée selon le centre imagier. Il peut dénoncer un problème de société ou tout simplement exposer des difficultés d’harmonie familiale.

Cette première image parisienne de Jean-Baptiste Jean, qui date de la fin du 18e siècle, est ici davantage allégorique et symbolique que réelle, et le message est primordial.

La culotte est au centre, source du conflit : la scène est structurée autour de celle-ci, de façon symétrique. L’équilibre social est évoqué grâce à cette composition : à gauche le monde masculin et à droite, le monde féminin. La raison de la querelle, arbitrée par l’allégorie de la Discorde, est ici très claire : la femme, qui selon l’ordre établi (par les hommes) doit être soumise, est ici travestie en homme ce qui est bien entendu réprouvé par l’Église. Elle tente de prendre le rôle de l’homme qui doit « commander dans le ménage ». Le couple est accompagné de leurs enfants, les suppliant de rendre la culotte à l’un et à l’autre. Ils sont également conseillés par leurs voisins qui leur font part de leur expérience.

L’image joue beaucoup sur les symboles et les codes : les vêtements en sont l’exemple. On note un déséquilibre entre les robes des femmes « ouvertes », la poitrine dégagée, et les habits des hommes qui les couvrent jusqu’au menton. Pendant longtemps, les vêtements féminins, fragiles et ajustés par des épingles, empêchaient les femmes de bouger et les forçaient à contrôler leurs gestes. Au contraire, ceux des hommes étaient cousus et boutonnés, leur permettant ainsi d’être à l’aise et d’exprimer leur assurance : leur supériorité sociale est ainsi on ne peut plus vive. La culotte est donc un vêtement masculin, fermé par des boutons et protégeant le sexe des hommes : elle sera adoptée par les femmes au cours du 18e siècle. L’image est également une satire de la mode féminine, la voisine dévoilant une partie de sa culotte utilisée comme sous-vêtement. La vogue de l’époque veut aussi que les femmes « modernes », celles qui veulent le pouvoir, portent les cheveux courts.

La voisine a clairement pris les rênes au sein de son couple : cheveux courts, culotte sous sa robe, elle accuse son époux d’être faible et incapable. Celui-ci a d’ailleurs perdu sa culotte : il semble dépassé par cette lutte contemporaine, et le bicorne qu’il tient, qui n’est plus à la mode, prouve son âge avancé. La discorde du jeune couple laisse penser que leur avenir sera le même que ceux de leurs voisins qui les poussent à ne pas lâcher la culotte

La Querelle du ménage de Charles Pinot se complexifie et plonge le spectateur au cœur des événements : les difficultés d’harmonie familiale sont exposées dans une stricte intimité et dans un lieu beaucoup plus informel, moins symbolique. La voisine est à la fenêtre et s’immisce au sein du foyer tout comme le spectateur : on imagine, de part son expression sournoise, que la curieuse ira s’empresser de raconter cette discorde à tout le voisinage.
 
La scène présente elle aussi deux groupes de personnages, tous deux reliés par la culotte comme sur la première image : à droite, adossée à la cheminée et au décor qui évoque l’intérieur de la demeure, la femme semble protéger « son » foyer. Face à elle, son mari lui fait front : sa position près de la fenêtre renvoie à son activité sociale extérieure.

Cette querelle du ménage s’inspire du « Monde à l’envers » et montre l’impensable et ce qu’il faut éviter. D’un côté, la femme est retenue par le petit garçon et mordue par le chien, deux personnages « masculins ». Du côté du mari, la petite fille et le chat, animal du foyer, donc féminin, s’emploient à leur manière à éviter que la querelle ne dégénère. Chacun des deux protagonistes est donc retenu par son contraire.

Les objets brisés et à terre comme le rouet à filer la laine, la marmite sur la table ou encore la poupée, sont les signes de la rébellion de la femme. Le ménage se déchire comme le prouvent la lanterne cassée, symbole de la lumière du foyer, ou encore la culotte que le couple se dispute. La violence de la scène est ici frappante : le chaos est figuré par les objets renversés, l’épouse s’apprête à frapper avec une louche, le mari avec un tisonnier, chacun avec les outils de son rôle au foyer, les animaux griffent et mordent, les enfants hurlent… Seule la pendule conserve l’équilibre, le balancier allant de l’un à l’autre : au sommet de cette composition triangulaire, elle semble pousser les protagonistes à vivre dans une certaine harmonie.

Cette scène évoque le poids de la société sur les comportements individuels, les problèmes d’alcoolisme dans le ménage, ou encore les « mauvais » mariages… Ce thème humoristique et satirique est aujourd’hui encore le sujet de nombreux dessins ou publicités : il semblerait que la question ne soit toujours pas réglée…

GRANDE QUERELLE / ENTRE LE MARI ET L’EPOUSE, A QUI PORTERA LA CULOTTE ET COMMANDERA DANS LE MENAGE. (titre inscrit)
GRANDE QUERELLE / ENTRE LE MARI ET L’EPOUSE, A QUI PORTERA LA CULOTTE ET COMMANDERA DANS LE MENAGE. (titre inscrit) | GRANDE QUERELLE / ENTRE LE MARI ET L’EPOUSE, A QUI PORTERA LA CULOTTE ET COMMANDERA DANS LE MENAGE. (titre inscrit)
LA QUERELLE DU MENAGE. N°. 268. (titre inscrit)
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