Pierre Tal Coat Peintre premier

Depuis plusieurs années, la galerie Christophe Gaillard accompagne l’œuvre de Pierre Tal Coat(1905-1985) en collaboration étroite avec la famille de l’artiste. Après la première grande exposition personnelle qui lui était consacrée en 2019, cette nouvelle présentation prend un parti radicalement différent, né de l’intuition personnelle de Christophe Gaillard qui souhaitait depuis longtemps mettre en rapport les peintures de Pierre Tal Coat avec des œuvres d’arts extra-occidentaux. Contrairement à d’autres artistes de son époque, Tal Coat n’a pourtant jamais collectionné d’objets d’arts africains ou océaniens : ce rapprochement inédit est l’occasion aujourd’hui de renouveler notre regard contemporain sur son œuvre pour en saisir une fois de plus toute l’indépendance et la liberté.


Avant tout, disons-le de suite, rien ne prédisposait à rapprocher une sélection d’œuvres d’art premier des tableaux de Pierre Tal Coat.

À l'évocation de ce terme d’ « art premier », on penserait plus immédiatement que je fais allusion à l’art préhistorique ou à l’art celtique – référence juste et communément admise. Cependant c’est bien aux arts issus de l'Afrique noire ou du bassin océanien qu’il me semble plus stimulant de confronter les « croûtes » et les pâtes de l’artiste breton. Confrontation d'autant plus pertinente que de très nombreux collectionneurs de Tal Coat sont aussi collectionneurs d’art premier, comme si un lien invisible les unissait. Bien que purement subjectif, intuitif et de l’ordre du sensible, ce rapprochement cherche à faire émerger ce qu'il y a de profond, de caché, d'enseveli. 

Aussi, lorsqu’au détour d’une lecture je découvris le qualificatif « d’art du lointain » auquel a eu recours Félix Fénéon pour désigner ces œuvres venues d’ailleurs, j’y ai vu tout de suite une piste. Piste qui me semblait confirmée par le fait que face aux tableaux qui surgissent vers nous quand nous les regardons, me semble sourdre une même énergie lointaine, ensevelie.

Pensons par exemple aux sculptures Boli qui sont considérées chez les Bambaras et Malinkés du Mali comme un être vivant et contenant en leur sein un noyau ou un « grain » qui symbolise l'énergie vitale. Comment ne pas songer à la réponse de Tal Coat à la question que lui posait Jean-Pascal Léger lors de leurs entretiens ?

« - Mais les grains qui apparaissent dans la peinture, de quoi sont-ils faits ?
- Ils surgissent par tension superficielle. Ils sont l’indice d’un travail intérieur et d’une disposition de structure qui fait cette lecture spéciale et le côté suspendu de cette peinture... Ils surgissent. »

Les recouvrements successifs que Tal Coat fait subir à ses œuvres ne peuvent-ils évoquer cette patine acquise au fur et à mesure des utilisations rituelles auxquelles sont sujettes les sculptures ? Ainsi les peintures, notamment les plus petites d'entre elles, finissent-elles par ressembler à des talismans, porteuses d’un pouvoir, d’une force « magique ». 
Ou bien peut-être sont-elles des sortes de mandalas qui nous renvoient non pas au spectacle du monde mais bien plutôt au centre du monde.

Sorte de géographie cosmogonique ? Comment par exemple ne pas être tenté de rapprocher la cosmogonie des Aborigènes d'Australie – qui repose sur la notion de « Temps du rêve » (Tjukurpa) dans lequel les ancêtres surnaturels (comme le Serpent Arc-en-ciel ou les Hommes Éclairs) créèrent le monde par leurs déplacements et leurs actions – et la marche même de Tal Coat arpentant inlassablement les champs et la terre ? « Il puisait son énergie, sa cadence, ses silences et sa sauvagerie autant dans l’évocation de ses marches dans la campagne ou des lumières de l’Océan que dans la Rencontre des hommes et de la peinture » écrit Jean-Pascal Léger à propos de Tal Coat.

Comment ne pas voir d’analogie entre les pigments, les pâtes que prépare l’artiste lui-même en alchimiste dans le secret de son atelier et les ocres et charbons traditionnels utilisés par les aborigènes pour rendre visible leur cosmogonie et leurs « rêves » ?
« Je dirais volontiers que Tal Coat est un seigneur de la terre et de l’espace, lui qui les arpente, l’argile et la poussière aux pieds, mais attentif, à cette lueur au loin, métallique et pure comme un chant d’alouette, à ce reflet de la flaque d’eau dans le sillon qui hésite entre la terre verte et le violet de mars ; lui qui sait voir naître dans la poussière beige du terrain en friche le vert fabuleux des premières pousses du printemps… » (Charles Estienne).


Christophe Gaillard


[Sans titre], entre 1977 et 1978
huile sur panneau
25,8 x 13,5 cm
Galerie Christophe Gaillard, Paris
[Sans titre], entre 1977 et 1978 huile sur panneau 25,8 x 13,5 cm Galerie Christophe Gaillard, Paris | [Sans titre], entre 1977 et 1978 huile sur panneau 25,8 x 13,5 cm Galerie Christophe Gaillard, Paris
[Sans titre], 1980
huile sur couvercle de boite de tubes de couleurs
9 x 18,5 x 4 cm
Collection particulière
[Sans titre], 1980 huile sur couvercle de boite de tubes de couleurs 9 x 18,5 x 4 cm Collection particulière | [Sans titre], 1980 huile sur couvercle de boite de tubes de couleurs 9 x 18,5 x 4 cm Collection particulière
Foyer aux trois traits, entre 1968 et 1973
huile sur toile
75 x 75 cm
Collection particulière
Foyer aux trois traits, entre 1968 et 1973 huile sur toile 75 x 75 cm Collection particulière | Foyer aux trois traits, entre 1968 et 1973 huile sur toile 75 x 75 cm Collection particulière
[Sans titre], entre 1981 et 1982
huile sur toile
54 x 73 cm
Galerie Christophe Gaillard, Paris
[Sans titre], entre 1981 et 1982 huile sur toile 54 x 73 cm Galerie Christophe Gaillard, Paris | [Sans titre], entre 1981 et 1982 huile sur toile 54 x 73 cm Galerie Christophe Gaillard, Paris
[Sans titre], 1980
huile sur toile
38 x 46 cm
Collection particulière
[Sans titre], 1980 huile sur toile 38 x 46 cm Collection particulière | [Sans titre], 1980 huile sur toile 38 x 46 cm Collection particulière
[Sans titre], 1963
huile sur toile
33 x 41 cm
Galerie Christophe Gaillard, Paris
[Sans titre], 1963 huile sur toile 33 x 41 cm Galerie Christophe Gaillard, Paris | [Sans titre], 1963 huile sur toile 33 x 41 cm Galerie Christophe Gaillard, Paris