Musée d'Art Gustave Fayet à Fontfroide
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Gustave Fayet

Biographie de Gustave Fayet

Dernière mise à jour : 13/04/2016
Gustave Fayet peint par George Daniel de Monfreid.
Gustave Fayet
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Description : Gustave Fayet peint par George Daniel de Monfreid.

Par Lionel Rodriguez, Attaché de Conservation du Patrimoine

Gustave Fayet fut un de ces êtres exceptionnels dont la destinée résumait toute une époque. Plus qu'un témoin, davantage qu'un acteur, il incarna la prospérité inégalée de la viticulture languedocienne dont Béziers, sa ville, était le centre. Le grand propriétaire terrien productiviste, l'homme d'affaires entreprenant, l'héritier avisé d'une fortune viticole considérable, traversa avec intelligence les convulsions du capitalisme industriel de la fin du XIXe siècle qui précipitèrent la Guerre et scellèrent le déclin de sa région. En digne représentant d'une époque de grande mobilité naissante, tant physique qu'intellectuelle, il concilia l'attachement à son terroir natal avec une curiosité sans cesse renouvelée pour l'universel. Du Languedoc il gagna Paris puis parcourut l'Europe et l'Algérie au gré de ses voyages d'affaires et de tourisme. La collection et la pratique des arts relevaient chez lui d'une quête de plénitude. Pour beaucoup de ses contemporains il fut un être complexe voire fantaisiste, jamais proscrit en raison de sa fortune. Pour les esprits éclairés et la postérité, il fut le plus grand collectionneur de Gauguin et de Redon, le promoteur de l'avant-garde de son temps, le restaurateur magnifique de l'abbaye de Fontfroide. Ses héritiers révèlent à présent la richesse de son oeuvre artistique : céramique, dessin, aquarelle, peinture à l'huile, illustration, photographie, sont autant de disciplines dans lesquelles il exerça son talent d'artiste prolifique, adoptant tous les styles successifs dans une démarche d'art total wagnérien. En redécouvrant la production des tapis tirés de ses aquarelles, nous assistons à la naissance d'un décorateur à la sensibilité nabi qui entendait enfin vivre de son art. Gustave Fayet se comprend dès lors que l'on admet sa leçon : exprimer l'unité profonde de l'être par l'harmonie entre l'esprit, le regard, l'action.

 

Un esprit universel

Une très grande vivacité d'esprit le caractérisait. Ses déplacements incessants en train, automobile, bateau, confinant à l'ubiquité nomade, n'en constituaient que l'aspect visible et concret. C'est avec une curiosité presque vorace qu'il embrassa le monde et explora les profondeurs de son âme.

Son éducation avait fait la part belle à la culture classique, aux beaux-arts et à l'érudition savante comme il était de rigueur dans la haute bourgeoisie, fût-elle provinciale. Cette culture élitiste trouvait en lui un écho particulièrement favorable, entretenu par ses père et oncle artistes voyageurs, membres actifs et bienfaiteurs des sociétés savantes de Béziers. La présence de livres et d'oeuvres d'art dans les demeures de son enfance, la fréquentation d'érudits amis de la famille et d'artistes, le gout virgilien pour la terre transmis par son père, l'imprégnation chrétienne d'une ville marquée par le renouveau catholique, stimulèrent son intérêt pour l'économie, la technique, l'art, la science, les spiritualités de l'humanité. Sa bibliothèque de Fontfroide témoigne dans son état actuel de l'éclectisme de ses vues.

Parvenu aux affaires à la mort de son père en 1899, il développa l'entreprise familiale avec un dynamisme sidérant, opposé à l'esprit de rente conservateur de la société contemporaine. Il mit au point une stratégie viticole quantitative et moderne, appuyée sur les dernières innovations techniques en matière de culture et de vinification. Il contourna les crises de mévente des vins et la chute des cours en créant une société de distillation et de négoce grâce aux capacités de stockage des immenses chais de ses multiples propriétés et sa trésorerie abondante, faisant de lui un spéculateur jalousé... et très riche. Il s'adapta sans cesse avec ingéniosité, nécessité et opportunisme, pour affronter le moins mal possible les effets de la Guerre puis le retour des crises de surproduction d'après-Guerre. Il entra au capital d'une banque d'affaires fondée par son concitoyen biterrois Alix Julien afin de placer ses excédents de trésorerie et diversifier ses investissements. C'est très probablement par ce biais qu'il prit la vice-présidence d'une importante société minière du Val d'Aran très prometteuse, qui dut fermer à cause de la Guerre malgré son administration dynamique et modernisatrice. Son goût pour la création artistique s'allia avec sa capacité entrepreneuriale lorsqu'il créa une manufacture de tapis en plein Paris. Les productions tirées de ses aquarelles décoratives connurent un succès grandissant qui éclaira ses dernières années.

Malgré son activisme économique fébrile, il sut se ménager avec la liberté de sa position sociale des périodes nécessaires à la constitution de sa fabuleuse collection, à la création de son oeuvre artistique, à la restauration de son patrimoine architectural, à l'entretien amoureux de ses demeures et jardins, à la décoration de ses intérieurs, à la fréquentation de la société des artistes, à la visite des salons et galeries, à la correspondance quasi quotidienne avec sa famille, à ses nombreux voyages. L'homme privé était doué d'une capacité d'empathie qui mettait en confiance ses interlocuteurs même s'il restait aux yeux de tous le maître respecté derrière l'ami, le père, le mécène ou plus encore l'employeur. Sa correspondance est remplie d'anecdotes amusantes, de moqueries cruelles bien senties, de caricatures spontanées et de chaleur communicative que d'aucuns considèrent comme la marque des Méridionaux. L'homme était un tourbillon. Au risque d'exaspérer ses contemporains, il multipliait les initiatives comme les sujets d'une conversation en apparence décousue mais tâchant toujours de retomber sur ses pattes. Peu de personnes comprirent la richesse de sa pensée, égarés sans doute par son universalité. Redon, Burgsthal, Suarès, levèrent chacun une part du mystère sans l'éclaircir totalement. Son épouse Madeleine marqua de sa forte personnalité leur oeuvre commune sans qu'elle pût s'imposer complètement face à son démiurge de mari. Sans doute leur fille Yseult, son héritière spirituelle, sut le mieux percer son regard.

 

Un regard sensible

La formation de son regard s'exerça d'abord en famille. Ses père et oncle lui transmirent leur prédilection pour la peinture de paysage dans le goût de l'école de Barbizon, prenant pour sujet la nature méditerranéenne à laquelle Gustave resta toujours fidèle, de plus en plus subjugué par sa beauté sereine contemplée lors de séjours à Banyuls, à Villeneuve-les-Avignon, sur la côte varoise, aux Baléares, en Sicile, en Vénétie. L'homme sacrifia à la mode spiritualiste et ésotériste de son époque. Son ami Maurice Fabre collectionneur comme lui l'avait introduit dans les milieux occultistes parisiens où il rencontra Redon puis plus tard Burgsthal, artistes symbolistes. Wagner et son art total dominaient alors les esprits opposés au positivisme et au scientisme dominants. Fayet incarna la synthèse entre un esprit pratique à l'oeuvre dans la gestion de ses biens et un monde intérieur sans cesse approfondi au contact d'une société de peintres, musiciens et écrivains qu'il réunissait à Fontfroide lors de séjours estivaux. Dans ce lieu habité par l'Esprit, ses méditations et ses rêveries le poussèrent à explorer par l'art les notions de sacré et de profane déclinés dans l'amour, la musique, la nature, sur un mode poétique et mystique. Fontfroide était son manifeste symboliste, proclamé à travers un programme décoratif haut en couleur où domine la figure humble de saint François d'Assise. Fayet voyait en lui son modèle spirituel, celui qui parvenait à unifier dans son coeur d'homme un amour profond pour la Création autant que pour son Créateur. La théologie franciscaine de la Création pourrait être considérée comme l'aboutissement de la recherche spirituelle de Fayet, depuis que Redon l'exhorta à exprimer toute la profondeur de son âme, transcendant les thématiques wagnériennes de célébration de la nature par le mythe et le rêve.

Depuis ses années de formation jusqu'aux dernières expériences de sa vie, l'évolution artistique de Gustave Fayet fut jalonnée de maîtres, de compagnons de création, d'amis spirituels : d'abord ses père et oncle qui lui donnèrent le goût de la nature, puis le collectionneur et occultiste Maurice Fabre qui lui fit rencontrer Redon. Dans le même temps il rencontra le peintre et collectionneur George-Daniel de Monfreid qui l'initia à l'art de Gauguin, mais aussi le peintre, céramiste et caricaturiste biterrois Louis Paul qui le seconda au Musée de Béziers lorsqu'il en fut brièvement le conservateur bénévole. De même il travailla avec le peintre, dessinateur et pianiste symboliste Richard Burgsthal si étroitement lié à la restauration de Fontfroide. Enfin il noua une forte amitié avec l'écrivain André Suarès qui partageait la même sensibilité artistique. Beaucoup d'autres ne peuvent être cités ici. Ces rencontres expliqueraient les changements de techniques et d'esthétiques dans son oeuvre, en particulier le traitement de la couleur dans sa peinture de paysage, son sujet favori. Fayet resta fidèle toute sa vie à ce thème traité principalement de trois manières : il chercha dans un premier temps à traduire les effets de la lumière selon une esthétique impressionniste, qu'il dépassa en soumettant le motif à la domination de la couleur sans rechercher l'illusion réaliste. Avec une grande mobilité d'esprit, il abolit simultanément tout usage de la couleur en réalisant des dessins à l'encre noire d'une grande puissance. Son art de la composition tenait beaucoup de l'estampe japonaise qu'il affectionnait particulièrement. Sa technique semble aussi héritée de l'apprentissage familial : ses nombreux voyages, ses déplacements incessants pour affaires, lui fournissaient autant d'occasions de couvrir ses carnets de dessins, de croquis, d'aquarelles pris sur le motif, plus tard développés en atelier. De la même manière, il consignait ses rêveries par l'aquarelle et le dessin avant leur évanouissement diurne.

Gustave Fayet est surtout connu pour son talent de collectionneur visionnaire et ses commandes d'oeuvres symbolistes pour Fontfroide. Son goût pour la collection lui venait probablement de ses antécédents familiaux, mais il choqua ses contemporains biterrois lorsque parvenu aux affaires en 1899, son premier acte fut d'acquérir les oeuvres modernes d'un collectionneur local. Cet homme issu de la bourgeoisie viticole traditionnelle transgressa les valeurs de son milieu social en promouvant dans sa propre ville des artistes réprouvés, Gauguin principalement, et en donnant des spectacles musicaux où les répertoires wagnérien et symboliste tenaient une grande place. Las, Béziers fut rétive à la modernité que Fayet lui rapportait de ses séjours parisiens. C'est donc dans son hôtel de la capitale que Fayet rassembla la plus exceptionnelle collection privée de Gauguin, portée à la vue de tous lors de la grande rétrospective de 1906. Fayet collectionna les noirs de Redon avec la même frénésie à partir de 1900. Il noua une amitié forte avec celui qu'il considérait comme un maître, et l'invita à se joindre au cercle d'artistes qu'il regroupait à Fontfroide. Dans cette ancienne abbaye il mit en oeuvre la doctrine wagnérienne de fusion des arts en mêlant avec talent musique, peinture, littérature, décoration. Il passa commande à Redon de trois panneaux majeurs pour la décoration de sa bibliothèque d'honnête homme éclectique. Il y conservait jalousement des ouvrages illustrés par Bonnard, Doré, Burgsthal. Ce dernier est l'auteur principal des décors de Fontfroide. En authentique artiste wagnérien comme son commanditaire, Burgsthal puisa abondamment dans le répertoire du maître de Bayreuth pour décorer les salons de l'abbaye, et rétablit la sacralité de l'abbatiale en employant une riche iconographie chrétienne et eschatologique pour les vitraux.

 

Une oeuvre multiple

L'oeuvre de Gustave Fayet peut se répartir en trois périodes bien marquées. Entre 1891 et 1902 il produisit essentiellement une peinture à l'huile impressionniste qui évolua vers des pastels synthétistes sous l'influence de Gauguin et Redon collectionnés avec ferveur à partir de 1900. Durant cette période il signa avec Louis Paul un ensemble de céramiques Art Nouveau à sujet végétal. Ce furent ses seules oeuvres de collaboration. Entre 1902 et 1910 s'opéra la période d'incubation durant laquelle Fayet cessa de peindre pour se vouer à la collection et surtout à la restauration de Fontfroide. L'influence de Redon était à son apogée. Fayet médita ses incitations au dépassement, pleinement épanouies durant la période suivante. Il reprit en effet les pinceaux en 1910 et libéra une énergie créatrice d'une grande fécondité, interrompue seulement par sa mort en 1925. L'aquarelle et le dessin dominèrent cette dernière période. Il réalisa trois ensembles d'aquarelles très différents ayant pour sujets le paysage et le rêve. Il recourut à la technique de l'aquarelle sur buvard pour réaliser un cycle sur les montagnes aériennes, une série sur la lagune vénitienne, ainsi qu'un cycle d'aquarelles décoratives féériques non moins vaporeuses. Il opta au contraire pour une technique d'aquarelle sur papier aux traits noirs vigoureux et aux couleurs puissantes, choisis pour exprimer la force des paysages méditerranéens dans le cadre de compositions marquées par l'art de l'estampe japonaise. Le trait noir de son dessin traduit la même énergie lorsqu'il s'agissait de restituer les paysages méditerranéens aimés, qu'ils soient languedociens, provençaux, majorquins. Parfois Fayet utilisait la prise de vue photographique pour préparer ses compositions finales. Il puisa dans son imaginaire végétal et aquatique des formes nouvelles pour illustrer divers ouvrages, où son trait noir se fit plus délicat, plus poétique.

Sa fréquentation de Redon lui permit d'accéder à ce "centre mystérieux de la pensée" dont parlait Gauguin, cet espace intérieur où il découvrit un abîme de couleurs, faisant de lui un coloriste accompli comme son modèle. Il se mit à peindre non ce qu'il voyait, mais ce qu'il ressentait. Ses dernières aquarelles décoratives consacrèrent ainsi la domination de la couleur jusqu'à l'abstraction. Avec Burgsthal il adhéra à la doctrine de l'unité de l'oeuvre, qui abolissait la frontière entre l'artiste et l'artisan. Son sens des affaires et sa sensibilité nabi trouvèrent à s'épanouir dans la production de tapis tirés de ses aquarelles décoratives, ultime aventure artistique et entrepreneuriale d'un homme enfin devenu un artiste aux yeux des autres.

 

Gustave Fayet était un être complexe habité par une âme d'artiste, qui cherchait l'expression de son être profond à travers la collection, la création artistique et la décoration. En dépit des apparences, il mena sa vie avec la cohérence d'une vision puissante, éclectique et sensible avec laquelle il appréhendait le monde. Héritier, entrepreneur viticole, entrepreneur industriel, collectionneur et commanditaIre, artiste, décorateur, homme privé, Gustave Fayet dévoila ses multiples facettes au cours d'une vie riche mais épuisante pour lui-même et pour ses proches. Après sa mort, seule sa famille conserva son souvenir, la plupart de ses oeuvres et les vestiges de sa collection. Un tel désamour s'explique par l'originalité de ce Languedocien de génie dans le paysage culturel et économique local. Nul n'est prophète en son pays. Ses héritiers nous font découvrir à présent la dimension exceptionnelle de celui qui fut un passeur, à la fois héritier et précurseur dans bien des domaines. Lui qui n'était pas avare de contrastes aimait la vie et ses plaisirs, mais réussit dans le silence et la contemplation de la nature à atteindre un point d'équilibre, d'ordre et d'harmonie qu'il réalisa dans un tableau vivant, le tableau de sa vie.

 

 

 

 

 

 

1865

20 mai : naissance à Béziers dans une famille de propriétaires viticoles ouverte sur la création artistique. Son grand père Jacques Azaïs, félibre, est le président de la Société Archéologique de Béziers qui accueille Mistral en janvier 1863.

1878-1881

Études secondaires à l’Ecole de Sorèze (Tarn).

Gustave Fayet commence à peindre et dessiner :  il est l’élève de son père Gabriel, lui-même élève de Daubigny, l’un des premiers pleinairiste français.

1893

Il épouse Madeleine d’Andoque le 9 février 1893. Ils partent en voyage de noces à Venise d’où il rapporte des peintures colorées. Il expose aux salons régionaux puis au salon des artistes français à partir de 1897 jusqu’en 1902.

1893

Naissance de son fils Gabriel.

1894

Il croise Gauguin à Paris accompagné d’Anna la Javanaise.

1896-1901

Il réalise des grès émaillés avec l’artiste biterrois Louis Paul dans un atelier à Béziers ; certaines seront exposées chez Bing à Paris, d’autres aux salons de Béziers.

En 1901 il met l’atelier à la disposition de Monfreid pour mouler des bois de Gauguin.

1897

Naissance de sa fille Simone.

1898

Naissance de son fils Antoine.

1899

Voyage à Londres sur les traces de Turner. Il en ramène plusieurs huiles peintes à différents moments de la journée, dont trois seront présentées au Salon des artistes français en 1901.

En janvier, mort de son père Gabriel Fayet dont il est l’unique héritier. Il achète  alors pour 20.000 francs la collection Cabrol, amateur du Midi, dans laquelle se trouvent des œuvres de Monet, Monticelli, Pissarro, Renoir  ou encore Seurat.

Il fait de longs séjours à Paris avec son ami et grand collectionneur de Gasparets (près de Narbonne), Maurice Fabre. Il découvre Van Gogh et Redon. Ébloui  par le travail de ce dernier, il demande à le connaître et se rend chez lui.

1900

Naissance de sa fille Yseult.

1900

Il devient conservateur de la ville de Béziers et réaménage le musée. Il crée la salle Berlioz pour accueillir les concerts et salons temporaires organisés par la Société des Beaux-Arts. Lors de la manifestation organisée cette année-là, le musée achète une « Étude de nu » de George-Daniel de Monfreid.

En septembre, Monfreid, exécuteur testamentaire de Gauguin, qui vit tantôt près de Vernet-les-Bains dans les Pyrénées Orientales, tantôt à Paris,  lui montre chez lui les œuvres de Gauguin. Il achète deux peintures tahitiennes.

1901

Salon de Béziers très remarqué, préface de Maurice Fabre. On pouvait y voir des œuvres de Cézanne, Denis, Gauguin, Redon ou encore  pour la première fois, du jeune Picasso.

Il voit régulièrement Odilon Redon dont il devient l’ami et l’un des plus fervents collectionneurs ;  sous son impulsion, il s’arrête de peindre, afin de ne créer que ce qui sort de la « profondeur de son âme ».

A la  même époque, il fait la connaissance de Vuillard, Denis et Bonnard. Gauguin réalise pour lui le bois sculpté « la Guerre et la Paix », qui arrive par bateau à Marseille.

1902

Salon de Béziers, hommage au peintre Monticelli avec une trentaine d’œuvres. Figurent au catalogue : Bonnard, Cézanne, Maillol, Redon, Gauguin. Gustave Fayet envisage de consacrer l’exposition de 1903 à Gauguin, mais la mauvaise santé de l’artiste reporte le projet à plus tard.

1903

Gauguin en détresse écrit à Gustave Fayet pour lui demander de l’aide. Celui-ci lui envoie de l’argent qui arrivera trop tard. Monfreid apprend la mort de Gauguin et téléphone à Gustave Fayet pour l’en informer.

1904

Naissance de son fils Léon.

1905

Les Fayet s’installent, avec leur collection, à Paris, au 51 rue de Bellechasse. L’appartement devient le lieu de rendez-vous des amateurs de Gauguin. Fayet en possède alors 70. Dans l’été les Fayet reçoivent chez eux Mette Gauguin, la veuve de l’artiste. Fayet, Fabre et Monfreid organisent avec le Comte Kessler, à Weimar en Allemagne, la première rétrospective Gauguin de cette ampleur.

1906

Rétrospective Gauguin au Salon d’Automne, il les prête tous ou presque. Gustave Fayet achète à Druet douze toiles de Matisse.

1907

Voyage en Hollande et en Belgique avec Maurice Fabre pour découvrir le pays de Van Gogh. Ils rendent visite à André Bonger ami et collectionneur de Redon.

1908

Le 23 février 1908 les Fayet achètent lors d’une vente aux enchères l’ancienne abbaye cistercienne de Fontfroide dans l’Aude. Gustave Fayet se lance dans d’importantes restaurations et se sépare de deux importants Gauguin au profit du collectionneur russe Chtchoukine. Premier séjour d’Odilon Redon à Fontfroide.

1909

Mort de maladie à Fontfroide de son fils Gabriel.

1910

Les restaurations se poursuivent, Gustave Fayet vend en bloc ses sept Cézanne. Long séjour à Fontfroide des Redon et du pianiste Ricardo Viñes. Les Fayet accueillent aussi le compositeur Déodat de Séverac… Redon réalise pour la bibliothèque de Fontfroide le panneau « Le Jour et  La Nuit ».

1911

Séjour de Redon à Fontfroide :  il achève le décor de la bibliothèque.

Gustave Fayet reprend ses pinceaux pour faire des séries d’aquarelles représentant des paysages de Fontfroide, des montagnes ou des fleurs sur papier buvard.

1912

Il achète le château d’Igny en Seine et Oise, situé à côté de Bièvres où vivaient les Redon.

 Il crée à Bièvres avec  Burgsthal, la Verrerie des Sablons pour réaliser les vitraux colorés de Fontfroide.

1914-1920

Il peint de nombreuses aquarelles et buvards à Fontfroide.

En 1915 il séjourne à Banyuls avec Maillol et crée plusieurs aquarelles « aux tons terribles ».

1916

Séjour aux Lecques où il rencontre la poétesse Elsa Koeberlé : il achète pour elle l’abbaye du Fort Saint André de Villeneuve-Lès-Avignon et illustre en noir son recueil de poèmes « Les Accords ». Lors de ce séjour il fait plusieurs aquarelles brossant la Provence en couleurs.

Mort d’Odilon Redon.

1917

Gustave Fayet vend les motifs de ses buvards à la maison Dumas-Barbedienne qui s’en inspire pour créer des tissus et étoffes d’ameublement.

1919

Nouveau séjour aux Lecques où il peint beaucoup, il cherche à acheter une maison dans les environs.

1920

Il crée avec Fernand Dumas  l’atelier de la Dauphine, pour réaliser des tapis Art Déco d’après ses buvards.

1921

Gustave Fayet décore entièrement la Villa Costebrune qu’il vient d’acheter près de Toulon. Il présente plusieurs tapis au Salon d’automne où ils sont remarqués.

1922

Il illustre pour son ami Maurice Pottecher « La Galère de Myrto », publié en 1926. Il redécouvre Mireille « J’avais lu Mireille. Mais aujourd’hui je classe ce livre parmi les plus beaux ». Il passé une partie de l’été en Provence pour illustrer Mireille de Frédéric Mistral. Il en rapporte 72 planches.

1923

Grand succès des tapis : plusieurs expositions sont organisées et les tapis se vendent bien.

Début de l’amitié avec l’écrivain André Suarès avec qui il aura une correspondance suivie, il prépare pour lui les dessins de son recueil de poèmes : « Sous le Pont la Lune ».

Il illustre pour René-Louis Doyon « Les Canciones » qui sera publié.

Il envoie des dessins de « Mireille » au graveur sur bois Maurice Guierre qui les utilisera pour illustrer un texte sur la Provence, « Le Clair visage de la Provence », publié en 1924.

1924

Voyage à Majorque pour trouver de nouvelles sources d’inspiration.  Il voit les oliviers qu’il appelle les monstres de Majorque, et rapporte des dessins noirs qui feront l’objet d’une exposition à Paris. Il écrit et illustre « Les Fleurs », dont la préface est d’André Suarès.

1925

Voyage à Venise et Vérone, où il fait de nombreuses aquarelles sur buvard, les ciels et les eaux de Venise.

Il participe à l’exposition des Ars décoratifs de Paris. L’État lui achète un tapis et prévoit de lui organiser une grande rétrospective l’année suivante.

Il dédie à sa fille Simone les dessins pour le grand texte de la poésie indienne de Kalidasa, « Nuage Messager » (inédits), et illustre aussi le « Cantique des Cantiques », dont les derniers dessins datent de septembre.

Le 24 septembre il meurt à Carcassonne.

1926

La grande rétrospective prévue l’été 1925 avec l’État a enfin lieu au Pavillon de Marsan à Paris. Les œuvres de Gustave Fayet et d’Odilon Redon y sont exposées conjointement. Tous les tapis sont  alors vendus.

Chronologie faite par Magalie Rougeot