PRESENTATION

La fascination d’Yves Saint Laurent pour le monde qui s’allume aux feux de la rampe fut précoce, soudaine et intense.

Cette passion naquit vraiment lorsqu’à treize ans il vit, grâce à une tournée à Oran, une représentation de l’Ecole des Femmes, mise en scène par Louis Jouvet, dans des décors et des costumes de Christian Bérard. Ce jour-là, le rêve devint réalité. Il reçut une leçon, il l’a écoutée et il l’a comprise. Cette grande leçon que Jouvet et Bérard lui ont donnée sans le savoir, c’est celle du Théâtre tout entier et c’est celle de l’Art.

On le sait, rien n’est plus faux que le vrai, ni plus trompeur, mais en revanche si le faux sait se charger des mystères de la création, s’il n’essaie pas d’imiter servilement la vérité mais seulement de la suggérer, alors il devient plus vrai que vrai.

Sur une scène un morceau de tissu bon marché devient, par magie, le plus rare des brocarts, le plus somptueux des velours. Un rideau rouge et une simple cordelière d’or évoquent davantage que des décors coûteux et des trompe-l’œil savants.

Yves Saint Laurent a aussi retenu qu’un costume servait à créer un personnage et que la psychologie était plus importante que l’esthétique.

Sa rigueur, son refus du hasard l’on obligé à oublier qu’il était un couturier car il a su depuis toujours qu’il s’agissait de deux métiers différents.

Ce n’est pas étonnant que cet homme discret, modeste, replié sur lui-même, ait su dessiner pour le music-hall, le cinéma, le ballet, le théâtre les costumes les plus brillants, les plus extravagants et les plus éclatants.

Et quand il se penche sur son passé, je sais qu’il pense à cette représentation de l’Ecole des Femmes où son destin se décida ; et lorsqu’il dessina, au Théâtre de l’Athénée, pour Edwige Feuillère et Jean Marais, les décors et les costumes de Cher Menteur, on peut être sûr qu’à travers l’inoubliable couple de l’Aigle à Deux Têtes, ce sont les mythes les plus importants de sa jeunesse, qui vinrent à sa rencontre : Cocteau, Jouvet, Bérard.

Dans ces chimères, il découvrit une réalité. Un monde foisonnant de vie se révélait à lui dans ses moments les plus magiques.

Cet amour du merveilleux ne devait jamais l’abandonner.

Et depuis, quelque chose en Yves Saint Laurent n’a pas cessé de prendre vie aux feux de la rampe.

Pierre Bergé

Yves Saint Laurent et une de ses créations pour Les Chants de Maldoror, ballet de Roland Petit, Théâtre de Chaillot, Paris, 1962

Photographie de Giancarlo Botti

©BOTTI/GAMMA-RAPHO

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